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Indie americans

Une exposition Çà & Là / l’employé du Moi / Cultures maison

Interview de Leela Corman

Reçue le 12 juillet 2018

Biographie

Où êtes vous née et où vivez-vous aujourd’hui ?
Je suis né dans le Massachusetts, j’ai grandi à New York et je vis actuellement à Gainesville, en Floride. J’ai vécu à Leiden et Brooklyn, et Boston entre les deux.

Quelles sont les maisons d’édition “small press” et plus officielles avec lesquelles vous avez collaboré ? Ou avez vous fait de l’auto-édition, avec un nom de structure ?
Au début de mes études artistiques à Boston, j’ai publié moi-même un minicomic appelé "Flim-Flam" sous mon propre nom. En 2000, j’ai gagné une bourse "Xeric" et j’ai publié mon premier livre plus long, sous mon propre nom. Après cela, j’ai publié un livre avec Alternative Comics et un autre avec Schocken-Pantheon, avec qui je publie également mon prochain livre. J’ai également travaillé avec Retrofit Books pour publier mon recueil de nouvelles.

Comment avez-vous appris votre métier d’auteur ?
Eh bien, les enfants, quand j’étais jeune, dans les années 1990, il n’y avait pas beaucoup de cours officiels sur la bande dessinée aux États-Unis, surtout si vous vouliez faire des œuvres littéraires et artistiques. En fait, les écoles d’art en général détestaient la bande dessinée et étaient très irritées et méprisantes à l’égard de ceux qui voulaient en faire. Donc, les dessinateurs de ma génération devaient être assez tenaces et rebelles. Avoir un background DIY/punk a aidé beaucoup d’entre nous. Nous savions que personne n’allait rien faire pour nous, nous apprendre quelque chose, publier notre travail, etc. nous savions que nous devions le faire nous-mêmes. Alors, j’ai appris toute seule, en lisant des piles de bandes dessinées. Cependant, j’ai également suivi une formation rigoureuse en tant qu’artiste, ce qui, à mon avis, est indispensable pour quiconque souhaite faire un art visuel. J’étais particulièrement douée pour le dessin de modèles et bien entraînée. J’ai suivi beaucoup de formations en design 2D, ce qui était indispensable pour comprendre la composition des pages, et j’ai suivi le cours de théorie sur les couleurs du Bauhaus. Je ne saurais trop insister sur l’importance de ce cours. J’ai également suivi une formation de peintre et en dessin technique. Tout cela était déjà là quand j’ai commencé à dessiner des bandes dessinées, donc tout ce qui était relatif à la conception n’était pas si difficile, mais j’ai dû réapprendre à dessiner en tant que dessinatrice, par opposition à un peintre, et ça, ce fut une école d’humilité. Apprendre à être un conteur, un écrivain, est un processus continu et ne se terminera que par ma mort.

Vivez-vous de votre art, sinon comment faites-vous pour tenir le coup ?
Je vis dans un pays qui déteste l’art et les artistes, donc, comme tout le monde, je me débrouille en freelance, en enseignant et en vivant avec un autre artiste. Nous faisons en sorte que ça fonctionne, même si c’est très difficile et, encore une fois, cela exige que nous soyons tenaces et rebelles.

Auto-édition

Par qui/comment s’est fait votre premier contact avec la scène de l’auto-édition ?
J’ai toujours été une lectrice de zines, depuis le lycée. Mais bizarrement, il ne m’était jamais venu à l’esprit que les gens faisaient la même chose avec la bande dessinée avant de lire "Terrifying Steamboat Stories" de Matt Madden.

Pourquoi avez vous décidé de vous auto-éditer ?
Voir : DIY, tenacité.

Quelle est la meilleure partie dans l’auto-édition ? Fabriquer le récit, fabriquer le livre, la rencontre avec le public, la participation à une communauté ?
Tout ce qui précède, ainsi que la démocratie de cette forme d’expression. C’est tellement abordable pour tout le monde. Mais je ne le fais plus en auto-édition.

Quelle est votre meilleure expérience d’auto-édition ?
Se connecter avec le reste de la communauté de la bande dessinée, avoir quelque chose d’unique à partager avec eux, essentiellement tout ce qui s’est passé dans ma vie depuis.

Quel rôle joue les salons et les conventions de micro-édition dans votre pratique de l’auto-édition ?
Ils étaient très importants. Je n’assiste plus aux conventions à moins d’être invitée, car je ne fabrique pas d’objets à vendre, comme des sérigraphies ou des minis. Je suis à un stade très différent de ma carrière maintenant.

Gardez vous une archive de vos fanzines ? Comment les conservez-vous ?
Non, mais j’ai toujours les originaux.

Où imprimez-vous vos fanzines ? Est-ce que vous passez par un imprimeur ou chez un copy-shop ?
A l’époque, au Copy Cop sur Boylston Street à Boston.

Est-ce que vous lisez beaucoup de zines et de mini-comics ?
Je lis tout mini-comics qu’un ami ou étudiant me donne.

Edition

Quel a été votre premier éditeur ? Connaissaient-ils votre travail grâce à l’auto-édition ?
Alternative Comics, à l’époque où Jeff Mason était l’éditeur. À cette époque, la bd indé artistique était un petit monde aux États-Unis, tout le monde a fini par connaître tout le monde et Jeff était ami avec Tom Hart, qui était mon petit ami à l’époque (et maintenant son mari), et tout a été très facile.

Avez-vous continué à autopublier depuis ? Pourquoi ?
Plus depuis quelques années. Je n’ai aucune raison de le faire. Le travail que je fais, est mieux géré par un éditeur de livres, pour des raisons allant de la technique - je travaille à l’aquarelle, ce qui nécessite de belles impressions - à la distribution et aux relations publiques - j’ai besoin d’être bien payée pour tout le travail que je fournis.

Pour vos livres qui sont passés de l’auto-édition à l’édition, quelles questions de remontage ou de format se sont posés ? Comment voyez-vous la relation entre les deux ?
Je n’ai jamais été très bonne en matière de conception graphique, honnêtement. Chaque fois que c’est entre mes mains, cela finit par être un peu désordonné. Donc, ça fait du bien de s’en remettre aux professionnels. Je veux juste me concentrer sur mon art. J’ai vraiment apprécié la phase d’assemblage, à un moment donné, en passant des jours avec l’agrafeuse de 12 pouces, mais c’est aussi quelque chose que je n’ai plus le temps de faire. En tant qu’objets, j’aime à la fois les minicomics et les livres.

L’exposition

Vous pouvez nous parler des travaux que l’on peut voir dans l’exposition ?
J’ai essayé d’inclure quelques œuvres qui montrent l’évolution de mon style. Il y a donc une bande dessinée auto-éditée très tôt, appelée "Valentine" et faite en 1997, quand j’étais en école d’art. J’avais l’habitude d’improviser tous mes comics. Je pense que c’est l’une de mes improvisations les plus réussies. Le format d’impression était volontairement petit, conçu pour tenir dans la paume de la main. Ensuite, j’ai inclus deux choses beaucoup plus récentes : "The Fuck You Forest", qui est probablement la seule bande dessinée que j’ai faite récemment et qui ne soit pas une commande ; quelques pages d’"Unterzakhn" ("Dessous" en français) et quelques pages de l’histoire que j’ai faite sur Nick Cave et la création artistique après avoir perdu un enfant. Donc les gens peuvent voir à la fois mon travail en noir et blanc et mon travail récent à l’aquarelle.

Biography

Where were you born, and where do you currently live ? Did you move to other significant places in between ?
I was born in Massachusetts, raised in New York City, and currently live in Gainesville, Florida. I’ve lived in Leiden, NL, Brooklyn NY, and Boston MA in between.

What are the "small press" and more official publishing houses with which you have collaborated. Or did you self-publish under your own name or using a label ?
Beginning while I was in art school in Boston, I self-published a minicomic called Flim-Flam, under my own name. In 2000, I won a Xeric Grant and published my first longer book, under my own name. After that I published one book with Alternative Comics, and another with Schocken-Pantheon, with whom I’m also publishing my next book. I also worked with Retrofit Books to publish my short story collection.

How did you learn to be a cartoonist ?
Well, children, back in my day, in the gritty 1990’s, there weren’t many formal courses of study for comics in the US, especially if you wanted to make more literary and artistic works. In fact, art schools in general hated comics and would become quite irate and dismissive of anyone wanting to make them. So cartoonists of my generation here had to be pretty scrappy and rebellious. Having a DIY/punk background already helped many of us. We knew no one was going to do anything for us, teach us anything, publish our work, etcetera ; we knew we had to do it ourselves. So, I taught myself by reading piles of comics. However, I also had a rigorous formal education as an artist, which I believe to be indispensable for anyone who wants to make any kind of visual art. I was particularly good at figure drawing, and well-trained in it besides ; I had a lot of 2D design training that was invaluable for understanding page composition, and I had the Bauhaus color theory course, which I cannot overstate the importance of. I was also very trained as a painter, and had a fair amount of technical drawing training. All of these were already in there when I started drawing comics, so the design aspects of it weren’t that hard, but I did have to relearn how to draw as a cartoonist, as opposed to a painter/fine artist, and that was quite humbling. Learning to be a storyteller, a writer, is an ongoing process and will only end with my death.

Do you make a living from your art, if not, how do you manage to earn a living ?
I live in a country that hates art and artists, so like everyone else I manage by freelancing, teaching, and being in a partnership with another artist. We make it work, though it is very difficult and again, it requires that we be scrappy and rebellious.

Self-publishing

Who / how was your first contact in the self-publishing scene ?
I was always a reader of zines, since high school. But somehow it never occurred to me that people were doing the same thing with comics until I saw Matt Madden’s Terrifying Steamboat Stories.

Why did you decide to self-publish ?
See : DIY, scrappiness.

What is for you the best part in self-publishing ? Making the story, making the book, meeting with the audience, participating in a community ?
All of the above, as well as the democracy of the form. It’s so affordable for everyone. But, I’m no longer self-publishing.

What is your best self-publishing experience ?
Connecting with the rest of the comics community, having something unique to share with them, basically everything in my life that’s happened since.

What role do comics conventions play in your self-publishing practice ?
They used to be very important. I no longer attend conventions unless I’m a guest, because I don’t make objects for sale, like prints and minis. I’m at a very different stage of my career now.

Do you keep an archive of your fanzines ? How do you preserve them ?
No, though I do have the originals.

Where do you print your fanzines ? Do you go through a printer or at a copy shop ?
Back in the day, at the Copy Cop on Boylston Street in Boston.

Do you read a lot of zines and mini-comics ?
I read any mini a friend or student gives me.

Edition

Who was your first publisher ? Did they know your work through self-publishing ?
Alternative Comics, back when Jeff Mason was the publisher. At that time, small press/art comics were such a small world in the US, everyone eventually knew everyone else, and Jeff was friends with Tom Hart, who was my new boyfriend at the time, and it was very easy.

Have you continued to self-publish since ? Why ?
Not since the mid-aughts. I have no reason to. The work I’m doing is best handled by an actual book publisher, for reasons ranging from the technical - I work in watercolor and need beautiful printing - to distribution and PR to money - I need to get paid properly for the huge amount of work I put into it.

How have you handled the transition of your works from mini-comics to books, in terms of format and reassembling ? How do you see the relationship between both objects ?
I’ve never been very good at the print design side of things, honestly. Whenever it’s in my hands, it ends up being kind of off. So it feels good to hand it over to the professionals, so I can just focus on my art. I did really enjoy the assemblage stage, at one time, spending days with the 12-inch stapler, but that’s also something I have no time for anymore. As objects, I love both minicomics and books.

The exhibition

Can you tell us something about the work that can be seen in the exhibition ?
I’ve tried to include a couple of works that show my evolving style. So there’s a very early self-published comic called Valentine, that I did in 1997, when I was in art school. I used to improvise all of my comics. I think this is one of the more successful improvisations. The print size was deliberately small, designed to fit in the palm of a hand. Then I’ve included two much more recent pieces : The Fuck You Forest, which is possibly the only comic I’ve done recently that was not a commission from anyone ; some selections from Unterzakhn (Dessous in French) and some pages from the story I did about Nick Cave and creating art after losing a child, last year. So people can see both my older black and white work, and my recent watercolor work.