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Indie americans

Une exposition Çà & Là / l’employé du Moi / Cultures maison

Interview de Melissa Mendes

Reçue par mail le 23 juillet 2018

Biographie

Où êtes vous née et où vivez-vous aujourd’hui ?
Je suis née à Hancock, Massachusetts, États-Unis. Je suis allée à l’université à proximité, puis j’ai vécu un petit moment à Providence, Rhode Island. Je suis allée au Center for Cartoon Studies dans le Vermont, puis je suis retournée dane le Massachusetts avec Chuck Forsman, où nous vivons depuis 7 ans.

Quelles sont les maisons d’édition “small press” et plus officielles avec lesquelles vous avez collaboré ? Ou avez vous fait de l’auto-édition, avec un nom de structure ?
Je me suis publiée pendant un moment, puis Chuck m’a publié via Oily Comics. Alternative Comics a ensuite publié "Lou", une de mes séries d’Oily Comics. J’ai également travaillé avec Delebile en Italie et mon travail avec l’écrivaine Anne Elizabeth Moore a été publiée sur Truthout.com et par Microcosm. Je continue néanmoins à m’auto-publier.

Comment avez-vous appris votre métier d’auteur ?
Quand j’étais enfant, je lisais beaucoup de bandes dessinées dans le journal local. J’adorais Calvin et Hobbes, Foxtrot et Garfield. Je pense que lire beaucoup de ces bandes dessinées m’a aidée à apprendre. Lorsque j’étais au Hampshire College, je me suis naturellement orienté vers la bande dessinée, car j’étudiais en même temps la langue et les arts visuels. Puis j’ai appris l’existence du Center for Cartoon Studies au Vermont et lorsque j’ai rencontré les gens là-bas, je savais que c’était un endroit pour moi. Je pense que j’ai beaucoup appris en lisant des bandes dessinées, et en pratiquant sans jamais faire de trop longues pauses. C’est juste instinctif pour moi parce que mon cerveau fonctionne comme ça. Quand je pense aux histoires, elles sont presque toujours sous forme de bande dessinée.

Vivez-vous de votre art, sinon comment faites-vous pour tenir le coup ?
Nous vivons avec peu, donc je n’ai pas à gagner beaucoup d’argent pour survivre. Je gagne ma vie grâce à Patreon, un site Web où les gens versent un montant mensuel pour me permettre de travailler. Ça paie mon loyer. J’essaie aussi de compléter par des emplois indépendants, mon travail de journaliste avec Anne Elizabeth Moore, et en enseignant la bande dessinée ou l’art aux enfants.

Auto-édition

Par qui/comment s’est fait votre premier contact avec la scène de l’auto-édition ?
Mon tout premier contact a été mon ami Eric Hou, qui a publié lui-même ses bandes dessinées pendant que nous étions au collège. Il m’a inspiré pour mon propre travail auto-publié.

Pourquoi avez vous décidé de vous auto-éditer ?
J’étais pauvre et à l’université, c’était la seule chose possible. Et puis, je ne savais même pas si je pouvais vraiment être publiée par quelqu’un d’autre, alors j’ai pensé que je devais faire mon propre truc et voir ce qui se passerait. Je ne connaissais pas beaucoup d’autres auteurs à ce moment-là, alors j’ai dû me débrouiller toute seule. J’ai aussi beaucoup appris quand j’étais stagiaire au Centre for Cartoon Studies avant d’y être étudiante.

Quelle est la meilleure partie dans l’auto-édition ? Fabriquer le récit, fabriquer le livre, la rencontre avec le public, la participation à une communauté ?
Ce qui me plait, c’est le contrôle total sur tout le processus et puis aussi d’être mon propre patron. J’aime aussi la communauté de la bande dessinée à laquelle je pense réellement appartenir.

Quelle est votre meilleure expérience d’auto-édition ?
Chaque fois que mon travail touche vraiment quelqu’un et qu’il me le fait savoir. J’ai rencontré une femme, bibliothécaire et qui ne lit pas beaucoup de bandes dessinées, mais après avoir lu "The Weight", elle était tellement curieuse et enthousiaste à propos du livre que cela m’a fait me sentir vraiment bien et donné l’impression d’avoir fait quelque chose d’important. J’aime aussi apprendre aux enfants à se publier eux-mêmes et voir à quel point ils sont fiers d’avoir un livre qu’ils ont fait eux-mêmes.

Est-ce que l’auto-édition vous coûte de l’argent, vous rapporte, ou a un bénéfice nul ?
Je suis nulle en compta et ce genre de choses ! Je suis quasiment sûre que cela me coûte toujours de l’argent, mais de temps en temps, je rentre quand même dans mes frais.

Quel rôle joue les salons et les conventions de micro-édition dans votre pratique de l’auto-édition ?
Ma première véritable convention était SPX, il y a environ 10 ans, et voir tous ces autres artistes s’auto-publier m’a vraiment inspirée et poussée à travailler plus fort. Je suis toujours boostée en quittant une convention, après avoir été entourée de dessinateurs qui travaillent si dur.

Gardez vous une archive de vos fanzines ? Comment les conservez-vous ?
Je suis extrêmement désorganisée ! Je garde beaucoup de bandes dessinées, mais elles ne sont pas du tout archivées, elles sont, pour la plupart, simplement dans des boîtes.

Où imprimez-vous vos fanzines ? Est-ce que vous passez par un imprimeur ou chez un copy-shop ?
Nous imprimons et assemblons nos livres à la maison.

Est-ce que vous lisez beaucoup de zines et de mini-comics ?
J’avais l’habitude, mais malheureusement je ne lis plus vraiment de BD. Cela me manque cependant, je dois y revenir.

Est-ce que vous pensez que votre pratique de l’auto-édition est lié à votre situation géographique ? à l’organisation du marché de la bande dessinée aux USA ?
Je pense que nous n’allons plus trop à des conventions parce que nous vivons assez loin et je publie moins aussi pour cette raison. Mais il y a quelques personnes aux États-Unis qui travaillent en tant que distributeurs pour les petites labels et les personnes qui se sont auto-éditées, alors elles distribuent mes bandes dessinées dans des magasins aux États-Unis, ce qui est très utile.

Edition

Quel a été votre premier éditeur ? Connaissaient-ils votre travail grâce à l’auto-édition ?
Je suppose que Chuck, lorsqu’il dirigeait Oily Comics, était mon premier éditeur. Il connaissait mon travail grâce à l’auto-édition, et puis, comme vous le savez peut-être, il est devenu mon petit ami, haha. Mais je crois sincèrement qu’il n’aurait pas publié "Lou" s’il n’y croyait pas. Et grâce à lui, Alternative Comics est tombé sur mes bandes dessinées et les a publiées dans un livre.

Avez-vous continué à autopublier depuis ? Pourquoi ?
Oui, parce que j’aime tout contrôler et aussi parce que cela me permet de rester active dans la communauté de la bande dessinée. L’auto-édition me permet de me donner des deadlines plus fréquentes, ce qui m’aide à rester plus productive. Et aussi, cela m’aide à gagner un peu d’argent pendant que je travaille sur une série comme "The Weight", qui ne sera probablement pas compilée et publiée avant un certain temps.

Allez-vous continuer à auto-éditer dans les prochaines années ?
Oui. Je publie moi-même certaines choses exclusivement pour mes membres Patreon et je prévois de continuer aussi longtemps que possible. Et je veux aussi continuer à publier moi-même les chapitres de "The Weight" jusqu’à ce que j’aie fini le livre.

Pour vos livres qui sont passés de l’auto-édition à l’édition, quelles questions de remontage ou de format se sont posés ? Comment voyez-vous la relation entre les deux ?
Pour "Lou", j’ai revu l’ensemble du livre et j’ai réorganisé certains chapitres, j’ai aussi ajouté un tas de pages et comblé une partie du scénario. J’ai également pu redessiner quelques pages qui ne me satisfaisaient pas. C’était agréable de pouvoir revenir en arrière et de combler les lacunes et d’y penser comme un récit complet. Je considère le livre comme un objet fini, alors que les mini-comics sont plutôt un travail en cours.

L’exposition

Vous pouvez nous parler des travaux que l’on peut voir dans l’exposition ?
Ce sont des pages de "Lou" et de "The Weight". "Lou" a été publié dans "Oily Comics". L’histoire a été inspirée par ma propre enfance dans l’ouest rural du Massachusetts mais aussi par Chuck qui, adolescent, travaillait dans une pizzeria. Ce sont les premières pages du livre, où nous voyons Lou (elle me ressemble beaucoup) se battre avec son petit frère et créer des liens avec son frère aîné. J’ai une sœur et pas de frères, mais j’en ai toujours voulu un. "The Weight" est le projet sur lequel je travaille actuellement. C’est une saga familiale qui a été inspirée de la vie de mon défunt grand-père dans le nord de l’État de New York, vivant dans la pauvreté et avec un père violent. Il a écrit un court texte sur ses mémoires avant de mourir, avec beaucoup de détails sur son enfance. Le personnage principal, Edie, a environ 8 ans dans ces pages et vit dans un mobile home près d’une base aérienne de New York. Dans ses mémoires, l’une des histoires racontées par mon grand-père concernait la construction de pièges pour attraper des lapins avec ses amis. C’est ce qui a inspiré ces pages. Je regarde beaucoup les photos de la Farm Security Administration et d’autres photos en noir et blanc à titre de référence, et les lavis à l’encre que j’utilise, essayent d’imiter ce genre d’images.

Biography

Where were you born, and where do you currently live ? Did you move to other significant places in between ?
I was born in Hancock, Massachusetts, USA. I went to college nearby, then lived in Providence, Rhode Island for a little bit. I went to the Center for Cartoon Studies in Vermont, and then moved back to Massachusetts with Chuck Forsman, where we’ve been for the past 7 years.

What are the "small press" and more official publishing houses with which you have collaborated (if you have a web page containing this information, just give us the link) / Or did you self-publish under your own name or using a label ?
I self published for a while, and then Chuck published me through Oily Comics. Then Alternative Comics printed a book of my Oily Comics series, Lou. I’ve also worked with Delebile in Italy, and my work with writer Anne Elizabeth Moore has been published on Truthout.com and by Microcosm. I still self-publish though.

How did you learn to be a cartoonist ?
When I was a kid, I read a lot of comics that were in the local newspaper. I loved Calvin and Hobbes and Foxtrot and Garfield, and I think reading lots of those comics helped me learn. When I was at Hampshire College I just naturally gravitated toward comics because I was studying language and visual arts at the same time. Then I learned about The Center for Cartoon Studies in Vermont, and when I met the people there I knew it was the place for me. I think I’ve learned the most from reading comics, and also just from practicing making them, and not letting myself stop for too long. It’s also just instinctive to me because my brain works in that way. When I think of stories, they’re almost always in comic form.

Do you make a living from your art, if not how do you manage to earn a living ?
We live very cheaply, so I don’t have to make too much money to survive. I make a living now through Patreon, which is a website where people donate a monthly amount to me to create my work. It pays my rent. I also try to supplement it by taking freelance jobs, with my journalism work with Anne Elizabeth Moore, and by teaching comics or art to kids.

Self-publishing

Who / how was your first contact in the self-publishing scene ?
My very first contact was probably my friend Eric Hou, who self-published comics while we were in college. He inspired me to make my own self-published work.

Why did you decide to self-publish ?
I was poor and in college, so it was the only thing possible. Also I didn’t even know if I would ever really be published by anyone else, so I thought I should just make my own thing and see what happens. I didn’t know a lot of other comics people then, so I kind of had to figure it out on my own. I also learned a lot when I was an intern at the Center for Cartoon Studies, before I was a student there.

What is for you the best part in self-publishing ?
Making the story, making the book, meeting with the audience, participating in a community ? The best part for me is having complete control over all parts of it, and being my own boss. I also love the comics community, it’s where I really think I belong and fit in. And I like giving comics I made myself to artists I admire.

What is your best self-publishing experience ?
Any time my work really connects with someone and they let me know. Like I met this woman who is a librarian and doesn’t read many comics, but after she read The Weight she was so enthusiastic and excited about it, and it made me feel really great and like I was doing something important. I also love teaching kids to self publish, seeing how proud they are of having their very own book that they made.

Does self-publishing cost you money, do you make a profit, or do you simply break even ? I’m terrible at keeping track of that stuff ! I’m pretty sure it’s still costing me money, but occasionally I might break even.

Are you a publisher or a distributor for other people’s work ? If so, how did you come to it ?

What role do comics conventions play in your self-publishing practice ?
My first real convention was SPX about 10 years ago, and seeing all of these other artists self-publishing really inspired me and pushed me to work harder. I still get so inspired after leaving a convention and being surrounded by cartoonists who work so hard.

Do you keep an archive of your fanzines ? How do you preserve them ?
I am extremely disorganized ! I do keep lots of comics, but they are not archived at all, they are mostly just in boxes.

Where do you print your fanzines ? Do you go through a printer or at a copy shop ?
We print and assemble them at home.

Do you read a lot of zines and mini-comics ?
I used to, but unfortunately I don’t really read comics much any more. I miss it though, I need to get back into it.

Do you think that your self-publishing practice is related to your location ? How does it fit (or not) in the organization of the comics market in the USA ?
I think we go to less comic conventions now because we don’t live very close to many of them, so I publish less for that reason. But there are a few people in the USA who work as distributors for small-press and self-published people, so they get my comics into stores all over the US, which is very helpful.

Edition

Who was your first publisher ? Did they know your work through self-publishing ?
I guess technically Chuck, when he was running Oily Comics, was my first publisher. He knew my work through self-publishing, and also, you know, being my boyfriend, haha. I believe whole-heartedly that he would not have published Lou if he didn’t believe in it, though. And thanks to him, Alternative Comics picked up the mini comics and collected them into a book.

Have you continued to self-publish since ? Why ?
Yes, because I like the control, and also because it keeps me active in the comics community. Self-publishing allows me to give myself more frequent deadlines, which helps me stay more productive. And also, it helps me bring in a little extra money while I’m working on a series like The Weight, which probably won’t be done or collected for a while.

Will you continue to self-publish in the next few years ?
Yes. I self-publish some things exclusively for my Patreon members, and I plan to keep that going as long as I can. And I also want to keep self-publishing the chapters of The Weight until I’m done with the whole book.

How have you handled the transition of your works from mini-comics to books, in terms of format and reassembling ? How do you see the relationship between both objects ?
With Lou, I went back and rearranged some of the chapters, and also added a bunch of pages and filled out some of the storyline. I was also able to redraw a few of the pages that I wasn’t satisfied with. It was nice being able to go back and fill in the gaps and think of it as a whole book. I consider the book to be a finished objects, while the mini-comics were more a work in progress.

The exhibition

Can you tell us something about the work that can be seen in the exhibition ?
These are pages from Lou and from The Weight. Lou was my Oily comics work, and the story was inspired by my own childhood in rural western Massachusetts. It was also inspired by Chuck’s stories of being a teenager and working at a pizza shop. These are the first few pages of the book, where we see Lou (she’s a lot like me) fighting with her little brother, and bonding with her older one. I have a sister and no brothers, but I always wanted some. The Weight is the project I’m currently working on. It’s a family saga inspired my late grandfather’s life growing up in upstate New York, in poverty and with an abusive father. He wrote a short memoir before he died with a lot of great details about his childhood. The main character, Edie, is around 8 years old in these pages and living in a mobile home near an air force base in New York. In his memoir, one of the stories my grandpa told was about building snares to catch rabbits with his friends. That’s what inspired these pages. I look at a lot of Farm Security Administration and other black and white photos for reference, and the inkwash I use is trying to emulate that look.