Vos actions : Créer un document, voir la page générale.

Indie americans

Une exposition Çà & Là / l’employé du Moi / Cultures maison

Interview de Sophie Yanow

Reçue le 28 juillet 2018

Biographie

Où êtes vous né et où vivez-vous aujourd’hui ?
Je suis née à Marin County, en Californie, juste au nord de San Francisco. J’ai grandi dans le comté rural de Marin. Je suis allé à l’université en Californie et à 23 ans, j’ai vécu brièvement à Seattle en tant que stagiaire chez Fantagraphics Books. Après cela, j’ai déménagé à Montréal pour une résidence d’artiste à La Maison de la Bande Bessinée, où j’ai commencé à faire des comics avec l’éditeur Colosse. Montréal a été extrêmement formateur pour moi. Après cela, j’ai vécu quatre ans dans le Vermont, d’abord en tant que boursière du Center for Cartoon Studies, puis en tant qu’étudiante, et finalement j’ai été professeure au cours des deux dernières années. Je viens de rentrer en Californie en juillet.

Quelles sont les maisons d’édition “small press” et plus officielles avec lesquelles vous avez collaboré ? Ou avez vous fait de l’auto-édition, avec un nom de structure ?
J’ai été éditée chez Colosse, Uncivilized Books, La mauvaise tête et Retrofit/Big Planet.

Comment avez-vous appris votre métier d’auteur ?
Je dessinais beaucoup de BD quand j’étais petite. J’ai dessiné une BD sur Sonic the Hedgehog, puis j’en ai réalisé d’autres avec mes propres personnages, largement inspirés de Calvin et Hobbes. J’ai aussi collaboré avec des amis pour réaliser des petits récits. J’ai lu beaucoup de super bandes dessinées alternatives au lycée (quand j’ai découvert Gabrielle Bell, Moebius et Jason Lutes), mais je n’en ai plus vraiment fait avant la moitié de mes études aux Beaux-Arts. Ensuite, je me suis vraiment concentrée là-dessus et j’ai passé autant de temps que je pouvais à faire des bandes dessinées. J’ai commencé par essayer de faire de la science-fiction, puis des comics dans la veine fantastique. Cela n’a pas été facile pour moi jusqu’à ce que je m’essaie à la bande dessinée autobiographique.

Vivez-vous de votre art, sinon comment faites-vous pour tenir le coup ?
Je n’ai jamais complètement gagné ma vie grâce à mes bandes dessinées, mais cela a été une combinaison de différents boulots entre bande dessinée et graphisme, d’enseignement de la bande dessinée ou d’un travail à temps partiel dans une librairie ou un café. Depuis le collège, je vis avec le moins d’argent possible pour pouvoir consacrer le plus de temps possible à la bande dessinée.

Auto-édition

Par qui/comment s’est fait votre premier contact avec la scène de l’auto-édition ?
Probablement lors de l’Alternative Press Expo (APE) à San Francisco. Ce n’était qu’a une demi-heure de chez moi quand j’étais petite. J’y ai vu beaucoup de gens qui vendaient des bandes dessinées fabriquées à la main. Il me semblait évident que je le ferais aussi, au moins pour commencer. La différence entre une bande dessinée publiée et une bande dessinée auto-publiée semblait très petite. Deux de mes zines préférés de cette époque étaient "Hey Four Eyes" (un zine sur les lunettes) de Robyn Chapman et le "1UP Megazine" (un zine sur les jeux vidéo).

Pourquoi avez vous décidé de vous auto-éditer ?
Ça m’a toujours semblé être une chose évidente. Je suis assez jeune pour que le phénomène du zine ait été bien implanté quand j’ai été adolescente. J’ai fait un zine avec deux de mes amis au cours de ma dernière année de lycée et nous l’avons vendu à une table lors de l’A.P.E. (nous avons chacun payé).

Quelle est la meilleure partie dans l’auto-édition ? Fabriquer le récit, fabriquer le livre, la rencontre avec le public, la participation à une communauté ?
Je pense que c’est ce moment où les gens viennent à la table et disent : "Ça me parle !". C’est génial de faire quelque chose qui inspire les gens, et qu’ensuite ils peuvent facilement faire à leur tour. J’adore pouvoir expliquer tout le processus de fabrication d’un minicomic en moins de 30 minutes.

Quelle est votre meilleure expérience d’auto-édition ?
J’ai adoré collaborer avec Colosse, parce qu’ils font de l’auto-édition, mais au sein d’un collectif d’auteurs. Le label n’est pas très actif en ce moment, mais quand j’étais à Montréal, si vous étiez membre de notre studio de dessin, vous pouviez faire des choses sous le label "Colosse" mais en payant vos propres impressions. Il n’y avait pas vraiment d’éditeur qui vous disait ce que vous pouviez faire ou non. Jimmy Beaulieu a fondé Colosse, mais lorsque j’étais là-bas, c’était surtout Vincent Giard qui coordonnait les choses (en aidant les gens à concevoir leurs livres, en montant des événements et des choses comme ça).

Est-ce que l’auto-édition vous coûte de l’argent, vous rapporte, ou a un bénéfice nul ?
Si on se bouge à fond, on peut gagner de l’argent. Il faut choisir des festivals à faible coût ou envoyer beaucoup de fanzines pa la poste, mais il est tout à fait possible de gagner de l’argent !

Êtes-vous un éditeur ou un distributeur pour le travail d’autres personnes ? Si oui, comment est-ce arrivé ?
J’ai édité un petit collectif à propos de la sieste une fois, mais c’est tellement loin !

Quel rôle joue les salons et les conventions de micro-édition dans votre pratique de l’auto-édition ?
J’aime aller aux conventions parce que j’aime rencontrer des gens. Je ne vends pas particulièrement bien aux personnes qui n’ont pas déjà lu mes trucs, car il se trouve que mes dessins ne sont pas très "spectaculaires", et je ne suis pas douée pour serrer les mains et convaincre les gens d’acheter mes trucs. Mais si c’est une convention où les gens me connaissent déjà, je vends assez pour que ce soit rentable. Ce n’est pas le cas à chaque fois, évidemment.

Gardez vous une archive de vos fanzines ? Comment les conservez-vous ?
Je les garde juste rangés dans ma bibliothèque.

Où imprimez-vous vos fanzines ? Est-ce que vous passez par un imprimeur ou chez un copy-shop ?
Pour les zines agrafés, j’essaie de les préparer pour pouvoir les imprimer dans n’importe quel magasin de photocopies. Pour la couverture de "In Situ", j’ai besoin d’un stock de couleurs pour la couverture mais c’est tout.

Est-ce que vous lisez beaucoup de zines et de mini-comics ?
Oui ! Beaucoup de mes dessinateurs préférés font encore des mini-comics même s’ils ont maintenant des éditeurs : Noah Van Sciver, Michael Deforge, Mickey Z et Sophia Foster-Dimino.

Est-ce que vous pensez que votre pratique de l’auto-édition est lié à votre situation géographique ? à l’organisation du marché de la bande dessinée aux USA ?
Je suis originaire du nord de la Californie, donc je pense avoir un goût très particulier de la culture zine depuis l’adolescence. Le mouvement Riot Grrrl a commencé au nord d’ici à Olympia, dans l’État de Washington et à Portland, en Oregon. Avoir également accès à l’Alternative Press Expo à San Francisco était énorme.

Dans les années 1980, l’auto-édition dans les bandes dessinées aux États-Unis était bouillonnante et lucrative. Les bandes dessinées comme "Bone" (Jeff Smith), "A Distant Soil" (Colleen Doran) ou "Finder" (Carla Speed ​​McNeil) ont toutes connu un grand succès en auto-édition. Je pense certainement qu’une partie de cette philosophie et de cette énergie est restée. Beaucoup des grands succès de l’auto-édition de nos jours sont en ligne - ça compte toujours dans le paysage éditorial !

Edition

Quel a été votre premier éditeur ? Connaissaient-ils votre travail grâce à l’auto-édition ?
Uncivilized Books. Je leur ai donné un exemplaire de mon premier "In Situ", qui avait été publié chez "Colosse" en auto-édition.

Avez-vous continué à autopublier depuis ? Pourquoi ?
Je continue à auto-publier. Les bandes dessinées sont si longues à dessiner, si je travaille longtemps, je veux voir les réactions des gens avant que tout soit terminé ! Essayer de faire un roman graphique sans le sortir par épisode me semble complètement écrasant, mais la plupart des éditeurs indépendants ne le font plus ces derniers temps. Je veux aussi fidéliser un public pour la sortie du récit en livre et je pense que la publication par épisode et l’auto-édition sont un bon moyen de le faire.

Allez-vous continuer à auto-éditer dans les prochaines années ?
Je travaille sur une bande dessinée de plus ou moins 192 pages et je compte la publier moi-même au fur et à mesure ! J’ai déjà un éditeur pour la publication en livre mais je suis bien trop impatient d’attendre que cela sorte !

Pour vos livres qui sont passés de l’auto-édition à l’édition, quelles questions de remontage ou de format se sont posés ? Comment voyez-vous la relation entre les deux ?
Je pense que c’est vraiment cool d’avoir les deux. Je ne m’attends pas spécialement à ce que quelqu’un qui ait tous les épisodes en minicomics, achète le livre ou l’inverse. Je pense que c’est différent de lire quelque chose au fur et à mesure qu’il est réalisé, plutôt que d’avoir un récit complet. Pour un long récit, j’ai toujours l’impression qu’il ne pourrait pas exister sans être précédé de comics ou d’une publication par épisode, qu’il soit ou non auto-publié. Les minicomics sont vraiment géniaux, mais le livre protège un peu mieux des outrages du temps.

Je me sens déconnecté du travail de production du livre. Comment savoir si les personnes qui font le livre, reçoivent un salaire équitable ? Mon livre avec Uncivilized Books a été imprimé aux États-Unis, mais la plupart des livres (même la plupart des livres de Uncivilized) sont imprimés à l’étranger, où les lois du travail ne sont pas garanties.

L’exposition

Vous pouvez nous parler des travaux que l’on peut voir dans l’exposition ?
Le point commun de toutes ces pages est qu’elles sont généralement dessinées sur du papier fin, et dans différents formats, parfois juste ce qui était disponible. Au début des pages, mon style de dessin change constamment parce que je tente différentes choses. Je pense que la liberté de l’auto-édition m’a permis d’expérimenter, sans craindre qu’un éditeur ait des attentes particulières envers mon travail.

Biography

Where were you born, and where do you currently live ? Did you move to other significant places in between ?
I was born in Marin County, California, just north of San Francisco. I grew up in rural Marin County. I went to college in California and when I was 23 I briefly lived in Seattle as an intern at Fantagraphics Books. After that I moved to Montreal for an artist residency at La maison de la bande dessinée, which is where I started making minicomics with Colosse. Montreal was hugely formative for me. After that I lived in Vermont for four years, first as a Fellow at the Center for Cartoon Studies, then as a student, and finally I was a professor there for the last two years. I just moved back to California in July.

What are the "small press" and more official publishing houses with which you have collaborated (if you have a web page containing this information, just give us the link) / Or did you self-publish under your own name or using a label ?
Colosse, Uncivilized Books, La mauvaise tête, Retrofit/Big Planet

How did you learn to be a cartoonist ?
I drew comics a lot as a kid. I made Sonic the Hedgehog fan comics and then made comics with my own characters that looked stolen from Calvin and Hobbes. I also collaborated with friends sometimes to make small strips. I read a lot of great alternative comics even in high school (when I found Gabrielle Bell, Moebius, and Jason Lutes), but I didn’t start regularly making them until I was halfway through fine arts college. Then I got really focused and spent as much time as I could making comics. I started out trying to make science fiction, then fantasy comics. It didn’t become easy for me until I tried making autobio comics.

Do you make a living from your art, if not how do you manage to earn a living ?
I’ve never completely earned a living from my comics, but it has been some combination of comics and graphic design freelance work, or teaching comics, or a part-time job at a bookstore or a coffee shop. Since college I’ve lived as cheaply as possible to give myself time for making comics.

Self-publishing

Who / how was your first contact in the self-publishing scene ?
Probably the Alternative Press Expo (APE) in San Francisco. It was only a half hour to get into the city when I was a kid. I saw so many people selling handmade comics. It just seemed obvious that I would do it that way, at least to begin. The difference between a published comic and a self-published comic seemed very small. Two of my favorite zines from this era were Robyn Chapman’s Hey Four Eyes (a zine about glasses) and the 1UP Megazine (a zine about video games).

Why did you decide to self-publish ?
It always seemed like the obvious thing to do. I’m young enough that the whole zine phenomenon had already been established when I was a teen. I made a zine with two of my friends during my senior year of high school, and we sold it at a table at APE (back when they cost , so we each paid ).

What is for you the best part in self-publishing ? Making the story, making the book, meeting with the audience, participating in a community ?
I think it’s that part when people come up to the table and say, "I relate to this !" It’s great to make something that inspires people, and then they can easily go and make the same kind of thing. I love that I can explain the entire process of making a minicomic in under 30 minutes.

What is your best self-publishing experience ?
I loved publishing with Colosse, because it is essentially self-publishing, but within a collective of people. It’s not very active right now, but when I was in Montreal, if you were a member of our drawing studio, you could make things under the label "Colosse", but we all paid for our own printing ourselves. There wasn’t really an editor who would tell you that you couldn’t do something. Jimmy Beaulieu started Colosse, but when I was there it was mostly Vincent Giard coordinating things (helping people design their books, getting us tables at events and things like that).

Does self-publishing cost you money, do you make a profit, or do you simply break even ?
If I’m really hustling, I make money at it. I have to choose shows with a low overhead cost or do a lot of mail order, but it’s definitely possible to make money at it !

Are you a publisher or a distributor for other people’s work ? If so, how did you come to it ?
I made a small anthology about napping once, but that’s the extent so far !

What role do comics conventions play in your self-publishing practice ?
I like going to shows because I like to meet people. I don’t sell particularly well to people who haven’t already read my stuff, because I think my drawings aren’t very flashy, and I’m not good at shaking lots of hands and convincing people to buy my things. But if it’s a show where people know me already, I do sell enough to make money. This isn’t the case with every show, though.

Do you keep an archive of your fanzines ? How do you preserve them ?
I just keep them together on my bookshelf.

Where do you print your fanzines ? Do you go through a printer or at a copy shop ?
For the stapled zines, I try to make them so that I could print them at any copy shop. In Situ requires a color cover stock, but it just needs one slice.

Do you read a lot of zines and mini-comics ?
Yes ! A lot of my favorite cartoonists still make minicomics even though they have publishers now : Noah Van Sciver, Michael Deforge, Mickey Z and Sophia Foster-Dimino are some of these.

Do you think that your self-publishing practice is related to your location ? How does it fit (or not) in the organization of the comics market in the USA ?
I’m from Northern California, so I think I got a very particular taste of zine culture as a teen. The Riot Grrrl movement started north of here in Olympia, WA and Portland, OR, so lots of amazing feminist perzines came out of that and I was introduced to them as a teen. Also having access to the Alternative Press Expo in SF was huge.

In the 1980s self-publishing in comics in the US was huge, as well as lucrative. Comics like Bone (Jeff Smith) and A Distant Soil (Colleen Doran), Finder (Carla Speed McNeil) all had big success with self-publishing. I certainly think some of that ethos and energy has remained. A lot of the big successes in self-publishing these days are online – it still counts !

Edition

Who was your first publisher ? Did they know your work through self-publishing ?
Uncivilized Books. I gave them a copy of my first In Situ, which was published with Colosse, but like I said, this was essentially self-publishing.

Have you continued to self-publish since ? Why ?
I still self-publish. Comics take so long to draw, if I’m working on a long thing I want to see people’s reactions before the whole thing is done ! Trying to make a graphic novel without serializing it first seems completely overwhelming to me, but most indepedent publishers don’t serialize these days. I also want to help build an audience for the finished book and I think serializing and self-publishing is a good way to do that.

Will you continue to self-publish in the next few years ?
I’m working on a 192 page comic and I’m planning to self-publish it as I go ! The story already has a publisher for the final book, but I’m way too impatient to wait for that to come out !

How have you handled the transition of your works from mini-comics to books, in terms of format and reassembling ? How do you see the relationship between both objects ?
I think it’s really cool to have both things, and I wouldn’t expect anyone who had collected all the minicomics of a story to go and buy the book, and vice versa. I do think it’s a different experience to read something as it’s coming out, versus having the whole book there in front of you. For a long book, I currently feel like it couldn’t exist without the minicomics or serialization that came out before it (whether or not they’re self-published). Minicomics are really great on their own, but books are a little more protected from damage.

I do feel disconnected from the labor that goes into the production of the book. How do I know if the people making the book are being paid a fair wage ? My book with Uncivilized Books was printed in the USA, but most books (even most books that Uncivilized prints) are printed overseas, where labor laws might not be as strong.

The exhibition

Can you tell us something about the work that can be seen in the exhibition ?
One of the consistent things about all these pages is that they’re usually drawn on flimsy paper, and on all different sizes, sometimes just whatever is lying around. In the early work, my drawing style is always changing, as I was trying different things out. I think the freedom of self-publishing allowed me to experiment without worrying that a publisher had certain expectations of my work.